A. Comment se transmettent les zoonoses ?
Afin de mettre en place des dispositifs adaptés, il se doit de bien comprendre comment se transmettent les maladies. Les agents biologiques se transmettent toujours depuis un réservoir, c’est-à-dire un lieu dans lequel s’accumulent les agents biologiques, vers un hôte, c’est-à-dire un organisme qui va héberger des parasites. Pour avoir un réservoir, il faut avoir une source contaminée : elle peut être un être vivant – dans ce cas le réservoir s’appelle un réservoir de parasites - ou le sol - réservoir tellurique -. Le risque d’infection arrive lorsque les agents biologiques peuvent sortir du réservoir par ce qu’on appelle des portes de sortie. Dans le cas de l’être vivant cela peut être lorsqu’il tousse ou éternue par exemple. Ces agents peuvent ensuite être transmis par l’air, comme la grippe ou la tuberculose, ou par contact avec les yeux, la bouche, la peau. La transmission peut aussi se faire par le biais d’un objet ou d’un animal contaminé. Ils entrent ensuite dans le corps de l’hôte par ce qu’on appelle des portes d’entrée. Cela peut être par exemple les muqueuses ou des lésions sur la peau. Voilà les différentes étapes de la chaîne de transmission : agent infectieux, réservoir, porte de sortie, mode de transmission, porte d’entrée, hôte réceptif. Dans le cas des zoonoses, c’est grâce à cela que les agents biologiques peuvent se transmettre d’un animal à un humain. Si aucun maillon de la chaîne n’est rompu, la transmission se fait très facilement.
Cependant la chaîne épidémiologique n’est pas toujours si simple. Même si certains parasites passent directement du réservoir à l’hôte, certains, avec une biologie plus complexe, doivent traverser différentes phases de vie où ils se multiplient ou subissent différentes métamorphoses. C’est ce qu’on appelle le cycle évolutif du parasite. Il est très important de prendre cette notion en compte pour mieux comprendre une épidémie et mettre en place des mesures préventives adaptées. Ces différentes phases de vie peuvent se faire dans un milieu extérieur, c’est ce qu’on appelle des cycles directs longs, ou chez un hôte, voie plusieurs hôtes successifs, c’est ce qu’on appelle des cycles indirects (Université Médicale Virtuelle Francophone, 2016). Prenons comme exemple de cycle indirect le paludisme (Le cycle de vie de Plasmodium falciparum, s. d.), qui se transmet par une espèce de moustiques anophèles. Habituellement lorsqu’un un moustique se pose sur notre peau, il nous injecte de la salive afin d’empêcher la coagulation de notre sang. Cette salive est sans danger pour nous. Cependant si ce dernier est infecté, il peut nous injecter en même temps ce qu’on appelle des sporozoïtes. Ces cellules vont rejoindre le sang avant de rejoindre le foie et pénétrer dans nos cellules du foie. Ces cellules vont se multiplier par reproduction asexuée et vont se transformer en schizontes adultes, qui vont ensuite, par leur rupture, libérer des mérozoïtes qui vont infecter les globules rouges et les détruire. Cette libération de mérozoïtes entraîne des symptômes caractéristiques du paludisme comme des frissons, des sensations de chaleur et des suées. Les cellules libérées peuvent ensuite participer à un nouveau cycle, ce qui va entraîner de la fièvre chez l’hôte. Le moustique ne nous injecte donc pas tout de suite l’agent biologique infectieux. Il y a différentes phases qui se déroulent dans le corps de l’hôte et la diffusion et l’action de l’agent infectieux se fait par cycles successifs. La transmission d’un agent biologique peut donc être très complexe, c’est pour cela qu’il est particulièrement difficile de mettre en place des réponses adaptées à tous les types de dangers.
B. Un contexte favorable
Si l’espèce humaine est certainement la plus infectée au monde, avec plus de 1 400 espèces de parasites/microbes recensés comme pathogènes, il est intéressant de noter que 60% d’entre eux sont zoonotiques, c’est-à-dire qu’elles nous viennent des animaux (Emergence Infectious Diseases.pdf, s. d.). Il n’est pas étonnant que l’humain y soit particulièrement exposé au vu de ses multiples contacts avec le monde animal. Mais la réduction du nombre d’espèces sur la Terre a des conséquences délétères, dont deux majeures dans l’apparition et la propagation d’épidémies.
Une riche communauté biologique comporte de nombreuses espèces qui ne peuvent pas être des réservoirs à pathogènes ; ainsi lorsqu’elles se retrouvent contaminées par un virus, cela conduit à des impasses épidémiologiques. C’est l’effet de dilution. Cependant, en diminuant le nombre d’espèces, on réduit le nombre potentiel d’impasses épidémiologiques ce qui augmente mécaniquement la probabilité pour le virus de trouver des hôtes idéaux.
On observe ensuite une augmentation des interactions entre animaux domestiques, faune sauvage et humains. Le Virus Nipah en Malaisie est un modèle en la matière. La déforestation y a conduit les grandes roussettes, une espèce de chauve-souris, à migrer vers les zones de production intensive de porcs pour l’international, ce qui a occasionné des contaminations locales entre les roussettes porteuses du Virus et les suidés. (Garrett, 1995).
La mondialisation, et plus généralement l’ouverture des frontières entre les différents États concerne à la fois les individus, les flux financiers mais aussi les marchandises. Celles-ci sont au cœur de transports de plus en plus longs qui sont à la base de nos modèles économiques. Ainsi, si les principales maladies infectieuses émergentes proviennent majoritairement des régions tropicales d’Asie et d’Afrique (pays en développement), on observe que ce sont les États développés et émergents qui en paient généralement le prix fort (Jones et al., 2008) - ceci notamment car la population y est plus vulnérable car plus âgée et sujette à des comorbidités comme le diabète (Impact des comorbidités sur les risques de décès et d’hospitalisation chez les cas confirmés de, s. d.). La mise en relation de différents espaces avec des « points chauds » caractérisés par une riche biodiversité et des zones très intégrées à la mondialisation, et donc exposées de par leur modèle conduit à une diffusion rapide des épidémies qui ne peuvent être contenues dès lors qu’elles ont franchi les frontières de l’État d’origine, la pandémie de COVID-19 reste un exemple en la matière. Cependant, ne faisons pas de cela une généralité. L’épidémie du VIH sévit particulièrement en Afrique Australe, et ce notamment à cause d’un manque de protection lors des rapports sexuels alors qu’en Occident la prévention associée aux traitements (lourds) est largement plus présente. Ainsi les sociétés riches qui disposent d’un système de santé résilient sont capables de prendre en charge les patients plus rapidement et de leur fournir les soins nécessaires, ce qui leur permet de résister face à de telles crises sanitaires lorsqu’elles se déclarent.
C. Des cas de zoonoses qui prouvent leur dangerosité
Abordons donc maintenant des cas de zoonoses qui ont cette fois ci quelque peu dégénérés. Nous allons d’abord évoquer un cas historique tristement célèbre : la peste noire.
Tout d’abord précisons de quelle épidémie de peste nous allons traiter car en l’occurrence il y en a eu plusieurs au cours de l’histoire, on peut penser par exemple à la peste de Justinien qui a eu lieu au 6ème siècle. Mais nous allons plutôt évoquer l’épidémie de peste noire la plus célèbre, celle ayant eu lieu 14ème siècle. Cette épidémie de peste était plus précisément une épidémie de peste bubonique causé par la bactérie Yersinia Pestis. Cette maladie est belle et bien une zoonose car celle-ci serait issu de l’arrivée du Rattus rattus (ou rat noir) en Europe, une espèce qui venait alors d’Asie, et plus particulièrement des puces dont ils étaient infectés qui portait ladite bactérie et la transmettaient ensuite aux Hommes. Le fort de cette épidémie se serait déroulé entre 1346 et 1353, les dates sont approximatives et ce car les historiens restent en désaccord quant à son origine mais ont en commun l’idée selon laquelle sa propagation et son arrivée en Europe aurait été facilité par la route de la soie, l’un des réseaux de routes commerciales le plus empruntés de l’époque, joignant l’Asie à l’Europe.
La maladie étant caractérisée par une mortalité élevée, cette dernière a eu de grandes conséquences sur le contexte démographique, social et économique de l’époque. Pour donner un ordre de grandeur, aujourd’hui les historiens estiment qu’un tiers voire la moitié de la population européenne en est décédé en 1346 et 1353, c’est à dire entre 25 et 45 millions de victimes. De plus, de telles modifications quant à la démographie européenne ont eu des conséquences sociales incontournables telle que la disparition du servage dû aux efforts supplémentaires et concessions que devaient faire les propriétaires de l’époque pour trouver de la main d’œuvre (qui c’était donc raréfié à cause l’épidémie) pouvant exploiter leurs terres. Une des conséquences expliquant aussi en partie la récession provoquée par l’épidémie, les productions céréalières ayant chuté durant cette période dû aux nombreuses terres abandonnées par manque de main d’œuvre. L’épidémie, par sa gravité, a aussi déchainée des passions violentes dans la population qui était alors à la recherche de boucs émissaires. Les juifs en étaient les principales victimes, accusés d’empoisonner les puits, menant jusqu’à des pogroms dont le pogrom de Strasbourg ayant mené au massacre de 2000 juifs qui furent brûlés vifs le 14 février 1349. Pour finir, différentes autorités ont, à la suite de l’épidémie de peste noire, érigées des « règlement de peste » comme la ville de Milan en 1348 où sont stipulé diverses règles sanitaires quant à l’endiguement de l’épidémie comme l’interdiction de vendre les effets personnels des morts de la maladie. Les zoonoses représentent donc un vrai danger, et ce non seulement sur le plan sanitaire mais aussi sur le plan social et économique tant elles peuvent avoir de lourdes conséquences et ce même aujourd’hui.
En effet, les zoonoses sont encore d’actualité, on peut penser au virus Nipah évoqué précédemment mais aussi à un cas plus proche géographiquement de nous qu’est la grippe aviaire. Ici nous parlons plus spécifiquement de la souche H5N1 de la grippe aviaire qui a recueilli une importante vigilance de la part des autorités sanitaires depuis 2004. Comme son nom l’indique, la grippe aviaire est un virus de la grippe qui touche les oiseaux (domestiques ou non) et qui dans de rares cas a pu se transmettre à l’Homme. En effet, malgré le fait que la grippe aviaire ait plus été un virus touchant principalement la faune et plus particulièrement les volatiles (nous parlons alors d’épizootie lorsqu'une épidémie apparait spécifique à une espèce animale), elle reste une zoonose. Une zoonose qui, en l’occurrence, avait touché quelques centaines d’humains entre 2004 et 2007 qui avaient en commun d’être en contact prolongé avec des oiseaux touchés par le virus. De plus, ce dernier s’est révélé beaucoup plus mortel chez les oiseaux que chez l’Homme. Malgré tout, cette grippe d’apparence inoffensive a eu d’importantes répercutions notamment en termes d’investissements sanitaires quant aux craintes d’une résurgence plus sévère de cette dernière.
Les premières conséquences d’un tel virus sont prévisibles : l’infection massive d’animaux d’élevages. De telles infections en plus de tuer les animaux infectés mènerait à l’abattage systématique des autres animaux de l’élevage pour endiguer la propagation de l’épidémie. C’est ce qui s’est passé le 23 février 2006 dans un élevage du département de l’Ain en France où 400 dindes sont mortes du virus ce qui mena à l’abattage de la totalité de l’élevage qui comptait alors 11 000 dindes. Des pertes qui touchent donc en plus économiquement les élevages et les filières alimentaires concernées. Mais c’est surtout les différentes estimations de l’Organisation mondiale de la santé et de la FAO qui ont eu le plus d’influence. En effet, ces autorités craignent que le virus s’adapte aux humains et le compare même dans le pire des cas à la grippe espagnole (l’OMS craignait alors une pandémie pouvant tuer 100 millions de personnes dans le monde). Au vu des différentes prévisions les États ont naturellement pris des mesures préventives. Par exemple, en France un dispositif avait été prévu comportant entre autres l’achat de 200 millions de masques de protection mais aussi la vaccination de 900 000 oies en février 2006 dans les départements de la Vendée, la Loire-Atlantique et les Landes.
Bibliographie
Emergence Infectious Diseases.pdf, Google Docs. Adresse : https://drive.google.com/file/d/1jRd5squf623VmDCwuDNYtNsiHEburcOc/view?usp=drive_open&usp=embed_facebook [Consulté le : 7 mars 2021].
Garrett Laurie, 1995, The Coming Plague: Newly Emerging Diseases in a World Out of Balance, Penguin Books.
Impact des comorbidités sur les risques de décès et d’hospitalisation chez les cas confirmés de, , p. 52.
Jones Kate E. et al., 2008, « Global trends in emerging infectious diseases »,. Nature, vol. 451, n° 7181, p. 990‑993. Adresse : https://www.nature.com/articles/nature06536
Keck Frédéric, 2016, Préface, Éditions Quæ. Adresse : https://www.cairn.info/emergence-de-maladies-infectieuses--9782759224906-page-7.htm
Le cycle de vie de Plasmodium falciparum, Planet-Vie. Adresse : https://planet-vie.ens.fr/thematiques/microbiologie/eucaryotes-unicellulaires/le-cycle-de-vie-de-plasmodium-falciparum
Les_zoonoses_infectieuses.pdf, Adresse : https://eve.vet-alfort.fr/pluginfile.php/74596/mod_resource/content/0/Les_zoonoses_infectieuses.pdf
Nigro Roberto, 2010, « Roberto Esposito: Termini della Politica. Comunità,
Immunità, Biopolitica »,. Continental Philosophy Review, vol. 42, n° 4, p. 607‑611.
Adresse : https://doi.org/10.1007/s11007-009-9122-0
Université Médicale Virtuelle Francophone, 2016, « Cours »,. Adresse : http://campus.cerimes.fr/parasitologie/enseignement/parasitologie/site/html/4.html

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