A. Les différentes maladies chez les animaux
Avant toute chose, qu’est-ce qu’une zoonose ? En quoi se distingue-t-elle d’une épizootie ?
Une zoonose est une maladie qui passe naturellement la barrière des espèces et se transmet habituellement de l’animal à l’humain et vice versa. En effet, l’humain peut, tout comme l’animal, être un « cul de sac épidémiologique ». Même si la majorité des études et articles sur le sujet se tournent sur les maladies animales qui infectent l’humain et démontre d’une vision anthropocentrée en ce qui concerne les maladies inter espèces, il existe tout de même des maladies où les rôles s’inversent et où l’animal est malade de l’humain. Nous pouvons prendre l’exemple de l’hépatite A, où l'humain se trouve être le réservoir d’une maladie touchant les singes (Les zoonoses infectieuses, s. d.). Environ 75 % des maladies humaines émergentes sont zoonotiques, il est alors essentiel de souligner l’'importance sanitaire de ce type de maladie. Notons que l’on ne peut pas simplement caractériser une zoonose comme un pathogène qui a franchi une barrière d’espèces. Par exemple, le SRAS a franchi une barrière d’espèce en 2003 en passant des chauves-souris aux civettes puis aux humains. Mais puisque sa transmission reste uniquement interhumaine, on ne peut définir ce virus comme une zoonose.
Par ailleurs, il est possible d’associer le terme « épizootie » aux zoonoses : c’est une maladie animale qui voit le nombre de nouveaux cas augmenter brutalement. Il existe des zoonoses qui sont épizootiques, tel que le virus H5N1 après 2005, qui a contaminé des milliards de volailles (Zoonoses : Et si c’était l’homme qui transmettait ses maladies aux animaux ? - Animal Cross, s. d.) Cependant, l’épizootie comme forme de maladie ne décrit pas forcément une zoonose.
Si l’on aborde la maladie animale du point de vue des éleveurs, les zoonoses sont un type de maladie ne constituant qu’une petite portion des pathogènes qu’ils rencontrent et doivent traiter. Les maladies strictement animales sont en effet beaucoup plus fréquentes. De ce fait, les nombreux dispositifs mis en place visant à gérer et contrôler les zoonoses prennent de l’importance car ces maladies sont synonymes de crainte, d’inquiétude, voire malheur à l’échelle de nos sociétés. A l’inverse, il existe certaines maladies contemporaines représentant un grand fléau chez les agriculteurs, telles que la peste porcine, la diarrhée porcine ou encore la fièvre aphteuse (Gaffory, 2015) qui sont très contagieuses chez les troupeaux, mais dont on ne se soucie pas car elles n’influent évidemment pas notre quotidien et la société de manière plus générale (Dufour et Keck, 2012).
B. Comment traite-on les maladies chez les animaux ?
La meilleure façon d’éviter que les zoonoses se transmettent des animaux aux humains, c’est d’éviter en premier lieu que l’animal tombe malade. Les contacts les plus fréquents que nous avons avec des animaux sont ceux avec nos animaux domestiques. Il existe donc toutes sortes de dispositifs et de médicaments afin de prévenir et de soigner les animaux malades. La première chose à faire, la première règle à respecter, et qui est probablement la plus importante, c’est l’hygiène. L’hygiène est par définition l’ensemble des pratiques et des mesures destinées à prévenir l’apparition de maladies infectieuses. Respecter ses règles est donc primordial si on veut éviter toute infection de nos animaux. Depuis le 19e siècle, les humains font de plus en plus attention aux infections et aux micro-organismes qui pourraient les causer. Louis Pasteur fut le premier à énoncer cette théorie des germes, selon laquelle ce sont des micro-organismes qui sont à l’origine de certaines maladies. De là, des professionnels de santé, des médecins, des scientifiques ont formulé des recommandations comme le lavage de mains régulier, la toilette quotidienne à l’eau et au savon par exemple. Ces instructions sanitaires, qui sont devenues des habitudes, ont permis de fortement limiter les maladies chez les êtres humains, mais cela a également eu des impacts sur les animaux. En effet, en accordant plus d’importance à l’hygiène et aux précautions sanitaires, nous avons également revu nos manières de traiter les animaux. L’hygiène dans les fermes ou dans les élevages par exemple était déplorable et était facteur du développement de nombreuses bactéries. Aujourd’hui les dispositifs sanitaires mis en place sont beaucoup plus nombreux, et le respect des animaux et de leurs soins a pris de l’importance.
Cependant respecter les règles d’hygiène n’est pas toujours suffisant. Les animaux peuvent tomber malades par différents moyens. En effet le sol, l’eau, un objet quelconque peut être contaminé. Il a été nécessaire de mettre en place des dispositifs plus poussés afin de soigner les animaux et d’éviter qu’ils ne tombent malades. Il existe des vaccins pour les chats, les chiens, pour tous les animaux domestiques en général. Il y a par exemple pour le chien et le chat un vaccin contre la rage, obligatoire si le maître veut traverser une frontière avec son animal. En stimulant les défenses immunitaires, le vaccin permet à l’animal de pouvoir mieux se défendre lorsque son organisme sera ultérieurement confronté au virus ou à la bactérie. Grâce aux vaccins, nous pouvons même aller éradiquer une maladie, comme la variole (Sept maladies maîtrisées par le vaccin, s. d.). Le moyen de protection de son animal de compagnie est très répandu et est aujourd’hui très efficace. Cependant c’est une mesure d’anticipation : que faire une fois qu’un animal est malade ? Il peut ne pas paraître obligatoire de le soigner, mais nous pouvons avoir envie de le faire pour des raisons éthiques, affectives, ou parce qu’un animal malade ne peut pas, dans un élevage, être utile pour l’éleveur car il fournira des denrées alimentaires contaminées. Il existe de nombreux traitements pour les animaux malades, comme par exemple les antibiotiques qui permettent de contrôler de nombreuses bactéries pathogènes par la destruction ou l’arrêt de la multiplication des micro-organismes dans le corps. Il est important de noter que l’utilisation d’antibiotiques chez les animaux est quelque chose de sensible car la surutilisation d’antimicrobiens peut avoir un côté négatif. En effet la bactérie responsable de la maladie peut développer une résistance à l’antibiotique à long terme. Pour s’assurer que les antimicrobiens restent efficaces, ils doivent être strictement contrôlés et toujours utilisés avec une ordonnance vétérinaire. L’ordre national des vétérinaires précise bien que « les antibiotiques ne doivent pas remplacer les bonnes pratiques d’élevage et la biosécurité » (Ordre National des Vétérinaires, s. d.). Il est donc préférable de développer des alternatives comme de bonnes mesures d’hygiène, des vaccins ou d’utiliser d’autres médicaments.
Finalement les humains prennent de plus en plus conscience que se protéger nous signifie également protéger les êtres vivants qui nous entourent et que nous côtoyons, de près ou de loin. Ces dernières années de plus en plus de mesures ont été prises concernant le soin des animaux et la prévention des maladies chez ces derniers. Nous pouvons noter que le nombre de vétérinaires dans le monde a augmenté, surtout dans la dernière décennie. Cette profession fut initialement créée pour soigner les chevaux et les animaux de production comme les bœufs ou les chèvres. Elle s’est aujourd’hui très diversifiée, les vétérinaires soignent également toute sorte d’animaux de compagnie et ils leurs apportent un suivi médical qui n’existait pas avant. Cela témoigne donc de l’importance que les animaux ont pris dans notre quotidien et également de la prise de conscience des humains concernant le traitement et le soin des animaux, en rapport avec l’apparition des zoonoses.
C. Qu’est-ce que la biosécurité et qu’est-ce que cela implique ? Quels sont les enjeux ?
Les maladies animales et leurs impacts sur nos sociétés permet d’enclencher la réflexion sur le concept de biosécurité. En effet, avec la multiplication des crises sanitaires dues à la prolifération de virus zoonotiques à portée mondiale comme la grippe aviaire, la grippe A/H1N1 ou encore la maladie de « la vache folle » (Bernard et Alderson, 2014), on a pu observer une préoccupation grandissante quant à la sécurisation de la santé. Cela engendre alors la reformulation des normes de contrôle et dispositifs, de nouveaux modes de suivi de la population animale. Ce contexte sanitaire souligne l’urgence de considérer le concept de biosécurité comme une réponse humaine aux risques biologiques auxquels nous sommes tous exposés. Il est possible de penser que la notion de maladie infectieuse émergente annonce la fin d’une certaine modernité. En effet, la croyance selon laquelle les maladies infectieuses peuvent être éradiquées par la vaccination était corrélée à une modalité d’organisation hiérarchique, selon le thème pastorien de la guerre aux microbes. D’ailleurs, René Dubos, médecin et écologue des années 1950 affirme que « La nature se venge » en détournant les dispositifs sanitaires, tels que la vaccination, censés contrôler les maladies zoonotiques émergentes (Keck, 2016). Ainsi, la naissance de ce nouveau concept de biosécurité permet le suivi des transformations des virus plutôt que leur éradication totale et se base sur l’anticipation de leur propagation, l'observation et la prévision.
Le concept de biosécurité, selon l’école sociale de Chicago de l’interactionnisme symbolique, est une construction sociale. En effet, sa signification, création et utilisation dépendent des acteurs qui la mettent en œuvre. Ainsi, la biosécurité doit être conceptualisée selon un contexte particulier. Par ailleurs, cette biosécurité est liée à la notion de culture de sécurité, caractérisée par Kizer comme « un schéma intégré de comportements individuels et organisationnels basé sur des croyances et des valeurs partagées qui tentent constamment de réduire les méfaits pour les patients qui peuvent se produire durant la dispensation des soins » (Bernard et Alderson, 2014). Ainsi, ce concept ayant pour projet de « rendre la vie sûre » (Vivre avec des oiseaux. Frontières de la biosécurité en Angleterre [1] | Cairn.info, s. d.) comprend une nouvelle « rationalité dans la gestion du vivant » (Fortané et Keck, 2015a), ou encore une reconfiguration de la santé publique selon les principes de biosécurité, chose possible grâce au développement des dispositifs de surveillance global. Permettant alors de dépeindre les « transformations techniques, scientifiques et politiques en matière de gestion des maladies infectieuses émergentes et ré-émergentes », l’anthropologue Frédéric Keck définit le concept de biosécurité comme « un ensemble de savoirs, de techniques et de politiques fondamentalement nouveau, dont la surveillance et la préparation seraient les deux piliers ».
Même s’il faut toutefois relativiser la rupture entre les dispositifs de la gestion des menaces sanitaires avant et après l’émergence du concept de biosécurité, la biosécurité d’un point de vue pratique n’est pas tant des formes de biopolitique et de gouvernement des risques se reposant sur des différentes manières de prévoir et de mesurer les risques, ou encore la mise en place de frontières hermétique entre le sain et le malsain, mais plutôt une manière plus souple de percevoir le risque. En d’autres termes, la biosécurité implique de se préparer à une catastrophe dont la probabilité est incalculable et dont l’arrivée est perçue comme imminente (Collier, 2008) et tend à déployer des modalités de contrôle du pathogène au cœur même du vivant (Fortané et Keck, 2015b).
L’émergence des zoonoses serait facilitée par certains phénomènes anthropiques et pratiques humaines, dont l’exploitation des forêts, l’augmentation démographique et la domestication de l'environnement. L’action de l’humain agirait comme une dénaturation de la Nature et détiendrait une grande responsabilité face aux épidémies zoonotiques. Par exemple, ce serait l’alimentation qui aurait dénaturé la vache et engendré la zoonose de la vache folle. Cette responsabilité est perçue à l’échelle collective comme « une grave dérégulation des relations des humains avec la nature ». Ainsi, il y aurait des répercussions éthiques de la domestication animale dû à cette trop grande proximité entre humain et animal. En prenant compte cette idée de proximité inter-espèce, il existe une contradiction au cœur de la question de la sécurité sanitaire (et alimentaire), qui souligne par ailleurs un autre enjeu de la biosécurité où l’humain est au centre. Comme l’explique Roberto Esposito, il est vital de poser « une relation entre des pratiques de communauté et le besoin d’immunité » pour « limiter la suffocation de la vie par elle-même », où l’humain est malade des animaux dont iel se protège à travers des dispositifs sanitaires. De plus, l’émergence des maladies infectieuses est intrinsèquement liée aux changements environnementaux et phénomènes anthropiques. Avec la réduction du nombre d'espèces - dû à l’agriculture ou à la chasse par exemple - et cette plus grande proximité des humains avec certaines espèces, l’apparition de nouveaux pathogènes est favorisée (Nigro, 2010).
Bibliographie :
Bernard Laurence et Alderson Marie, 2014, « Analyse dimensionnelle du concept de biosécurité face aux risques biologiques »,. Recherche en soins infirmiers, vol. N° 116, n° 1, p. 13‑27. Adresse : https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2014-1-page-13.htm?ref=doi
Collier Stephen, 2008, Biosecurity Interventions: Global Health and Security in Question,
Dufour Barbara et Keck Frédéric, 2012, « Aspects scientifiques et techniques de la notion de zoonose »,. Cahiers d’anthropologie sociale, vol. N° 8, n° 1, p. 25‑31. Adresse : https://www.cairn.info/revue-cahiers-d-anthropologie-sociale-2012-1-page-25.htm
Fortané Nicolas et Keck Frédéric, 2015a, « Ce que fait la biosécurité à la surveillance des animaux »,. Revue d’anthropologie des connaissances, vol. Vol. 9, n° 2, n° 2, p. 125‑137. Adresse : https://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2015-2-page-125.htm
Fortané Nicolas et Keck Frédéric, 2015b, « Ce que fait la biosécurité à la surveillance des animaux »,. Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 9, n° 9‑2. Adresse : http://journals.openedition.org/rac/3139
Fortané Nicolas et Keck Frédéric, 2015c, « Ce que fait la biosécurité à la surveillance des animaux »,. Revue d’anthropologie des connaissances, vol. Vol. 9, n° 2, n° 2, p. 125‑137.
Gaffory Béatrice, 2015, « Maladies animales »,. agriculture.gouv. Adresse : https://agriculture.gouv.fr/maladies-animales
Hinchliffe Stephen et Keck Frédéric, 2012, « Vivre avec des oiseaux. Frontières de la biosécurité en Angleterre »,. Cahiers d’anthropologie sociale, vol. N° 8, n° 1, p. 77‑88.
Keck Frédéric, 2012, « Faire mourir et laisser vivre. Grippe aviaire et rituels sanitaires à Hong Kong »,. Cahiers d’anthropologie sociale, vol. N° 8, n° 1, p. 89‑101.
Keck Frédéric, 2016, Préface, Éditions Quæ. Adresse : https://www.cairn.info/emergence-de-maladies-infectieuses--9782759224906-page-7.htm [
Lainé Nicolas, 2017, « Surveiller les animaux, conserver l’espèce »,. Revue d’anthropologie des connaissances, vol. Vol. 11, N°1, n° 1, p. 23‑44.
Les_zoonoses_infectieuses.pdf, Adresse : https://eve.vet-alfort.fr/pluginfile.php/74596/mod_resource/content/0/Les_zoonoses_infectieuses.pdf
Nigro Roberto, 2010, « Roberto Esposito: Termini della Politica. Comunità, Immunità, Biopolitica »,. Continental Philosophy Review, vol. 42, n° 4, p. 607‑611. Adresse : https://doi.org/10.1007/s11007-009-9122-0
Ordre National des Vétérinaires, « L’utilisation d’antibiotiques chez les animaux »,. Adresse :
Sept maladies maîtrisées par le vaccin, Adresse : https://www.unicef.org/french/pon96/hevaccin.htm
Université Médicale Virtuelle Francophone, 2016, « Cours ». Adresse : http://campus.cerimes.fr/parasitologie/enseignement/parasitologie/site/html/4.html
Vivre avec des oiseaux. Frontières de la biosécurité en Angleterre [1] | Cairn.info, Adresse : https://www.cairn.info/revue-cahiers-d-anthropologie-sociale-2012-1-page-77.htm
Zoonoses : Et si c’était l’homme qui transmettait ses maladies aux animaux ? - Animal Cross, Adresse : https://www.animal-cross.org/et-si-cetait-lhomme-qui-transmettait-ses-maladies-aux-animaux/

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