Captain Fantastic, Matt Ross, 2016
Le rapport à l’idée du sauvage dans la civilisation occidentale a donc évolué en fonction des données, mais surtout des trous que l’on a comblés pour palier au manque d’information sur cet état obscur et fascinant qu’est l’état sauvage, c’est-à-dire l’état qui précède la civilisation.
L’étude des cas d'enfants sauvages a toujours été limitée par un manque significatif de source et de méthode claires pour aborder le phénomène. De ces études subjectives et incomplètes s'est peu à peu dégagée une figure de l'enfant sauvage fantasmée. L'enfant sauvage, c'est l'autre de manière générale, celui qui s'impose comme figure d'opposition à l'homme civilisé. Cette figure a été notamment construite au travers de travaux artistiques mêlant fiction et réalité.
Le sauvage s'est construit comme une notion à part entière à partir des grandes découvertes occidentales. Elle a d'abord correspondu à une volonté de l'occident de se placer au-dessus de ses colonies : d'un point de vue très auto-centré, le sauvage c'était « l'autre », l'inconnu, les contrées lointaines, arriérées. Le sauvage était alors plus proche de la notion antique de « barbare ». Pendant la période des Lumières, elle a revêtu une dimension d'idéal : le sauvage a été le « le bon sauvage », l'homme innocent et pur. Il se rapproche alors du mythe primitiviste antique de l'âge d'or : une période ou tout était idéal. C'est un passé et un horizon imaginaire à la civilisation, qui permettent de dégager une place à l'autocritique. Enfin, le sauvage s'est rapproché à partir du romantisme, période de l'expression du tourment en société, d'un espace qui sache accueillir l'homme et le rapprocher de son état de nature. Cette conception est celle que l'on conserve, qui a pris d'autant plus de place que notre civilisation se trouve traumatisée par les deux guerres mondiales et qu'elle présente un besoin pressant de marginalité.
Tout ceci nous mène aujourd'hui à une idéalisation du sauvage. Certains questionnent la société et la légitimité des normes qu'elle impose. Ces questionnements qui semblent découler de l'idéalisation du sauvage se font parfois en groupe (on observe alors une volonté de proposer une nouvelle société), et parfois par des individus, lors de choix quotidiens.
Le film Captain Fantastic, réalisé par Matt Ross et sorti en 2016 est une illustration assez complète de l'ambiguïté actuelle du rapport au sauvage en Occident. Le scénario propose l'histoire d'une famille ayant décidé de vivre dans la forêt. L'image d'un état en dehors de la civilisation est explicitement présentée entre le mythe et la réalité. C'est-à-dire que la dualité sauvagerie/civilisation est clairement manichéenne. Et c'est cette radicalité là qui laisse entrevoir le problème complexe d'un rapport au sauvage qui semble inévitablement soumis à la fiction.
Louisa Limon, Eulalie Uguen, Pauline Muller, Vega Babinet

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