Le constat
de la disparition progressive des identités indigènes se révèle un
problème aux causes bien plus variées et complexes que le seul
réchauffement climatique. Si celui-ci, de fait, transforme véritablement
le milieu arctique, chamboulant les écosystèmes, modifiant les
migrations animales, dégradant progressivement les ressources
naturelles, les sociétés indigènes qui y vivent ont développé une
capacité d’adaptation qui leur permet théoriquement d’y faire face.
Face à l’hostilité de l’Arctique, le quotidien comme la culture des peuples de cette région se sont construits sur un rapport étroit au monde animal, mais surtout sur le concept de l’instable et de l’incertain, entre autres par l’adoption de modes de vie nomades et le développement d’une conception du monde où les êtres sont libres et égaux. Le changement apparait alors comme un élément constitutif de leurs modes de vie et ces éléments qui fondent leur identité leur permettent de l’appréhender sans menacer ce qu’elles ont jusque-là bâti. La modification du monde animal à cause du réchauffement climatique a certes un impact sur tous les aspects de leur culture – pratiques, activités, croyances -, mais les indigènes savent renouveler leurs connaissances, accumulées depuis des siècles, pour trouver des alternatives. Le réchauffement climatique n’apparait alors pas comme un obstacle au maintien de l’identité indigène. Au contraire, celle-ci peut paradoxalement se voir renforcée, car la crise environnementale actuelle peut justement incarner le changement sur lequel elle se fonde, source d’un renouvellement des modes de vie sans que les croyances indigènes ne soient rendues obsolètes. Finalement, la question réside plutôt dans les limites de ces adaptations, qui, à cause de la rapidité caractéristique de la crise actuelle, ne semblent concrètement pas toujours possibles.
Le réchauffement climatique ne semble donc pas être le seul facteur de la crise socio-culturelle que traversent les populations indigènes de l’Arctique. Celle-ci semble en parallèle coïncider avec les premiers contacts avec le monde occidental. L’« occidentalisation » progressive des sociétés indigènes depuis peut être considérée comme une cause tout aussi importante de la fragilisation de l’identité autochtone. Les contacts multiples – imposés – avec les Occidentaux ont conduit les communautés indigènes à s’éloigner du mode de vie traditionnel pour adopter les codes et logiques de leurs nouveaux voisins. Les populations locales semblent perdre ce qui faisait leur différence, et cela ne correspond-il pas à la définition la plus objective de la perte de l’identité ? En outre, l’adoption de ces nouvelles pratiques – citons la sédentarisation – semble remettre en cause leur capacité à s’adapter : ils ne maitrisent plus forcément les outils qui le permettait auparavant. Cependant, l’intégration au monde occidental permet également aux indigènes de trouver des nouvelles voies d’action face au réchauffement climatique, comme les nouveaux moyens de communication ou la collaboration des savoirs indigènes et scientifiques. Les indigènes ont su tirer parti de la situation et en ce sens, cela ne peut-il pas constituer un nouveau type d’adaptation de leur part ?
Face à l’hostilité de l’Arctique, le quotidien comme la culture des peuples de cette région se sont construits sur un rapport étroit au monde animal, mais surtout sur le concept de l’instable et de l’incertain, entre autres par l’adoption de modes de vie nomades et le développement d’une conception du monde où les êtres sont libres et égaux. Le changement apparait alors comme un élément constitutif de leurs modes de vie et ces éléments qui fondent leur identité leur permettent de l’appréhender sans menacer ce qu’elles ont jusque-là bâti. La modification du monde animal à cause du réchauffement climatique a certes un impact sur tous les aspects de leur culture – pratiques, activités, croyances -, mais les indigènes savent renouveler leurs connaissances, accumulées depuis des siècles, pour trouver des alternatives. Le réchauffement climatique n’apparait alors pas comme un obstacle au maintien de l’identité indigène. Au contraire, celle-ci peut paradoxalement se voir renforcée, car la crise environnementale actuelle peut justement incarner le changement sur lequel elle se fonde, source d’un renouvellement des modes de vie sans que les croyances indigènes ne soient rendues obsolètes. Finalement, la question réside plutôt dans les limites de ces adaptations, qui, à cause de la rapidité caractéristique de la crise actuelle, ne semblent concrètement pas toujours possibles.
Le réchauffement climatique ne semble donc pas être le seul facteur de la crise socio-culturelle que traversent les populations indigènes de l’Arctique. Celle-ci semble en parallèle coïncider avec les premiers contacts avec le monde occidental. L’« occidentalisation » progressive des sociétés indigènes depuis peut être considérée comme une cause tout aussi importante de la fragilisation de l’identité autochtone. Les contacts multiples – imposés – avec les Occidentaux ont conduit les communautés indigènes à s’éloigner du mode de vie traditionnel pour adopter les codes et logiques de leurs nouveaux voisins. Les populations locales semblent perdre ce qui faisait leur différence, et cela ne correspond-il pas à la définition la plus objective de la perte de l’identité ? En outre, l’adoption de ces nouvelles pratiques – citons la sédentarisation – semble remettre en cause leur capacité à s’adapter : ils ne maitrisent plus forcément les outils qui le permettait auparavant. Cependant, l’intégration au monde occidental permet également aux indigènes de trouver des nouvelles voies d’action face au réchauffement climatique, comme les nouveaux moyens de communication ou la collaboration des savoirs indigènes et scientifiques. Les indigènes ont su tirer parti de la situation et en ce sens, cela ne peut-il pas constituer un nouveau type d’adaptation de leur part ?
En somme, le maintien de l’identité indigène dans le contexte de la transformation de l’Arctique est un enjeu multidimensionnel complexe néanmoins pas nécessairement sans issue. Les sociétés indigènes de l’Arctique ont évolué, s’écartant du mode de vie traditionnel, pour autant leur culture n’a pas complètement disparu. Les sociétés occidentales ont un rôle à jouer dans cette problématique, d’une part car ils sont responsables de la situation des indigènes – climatique et sociale –, d’autre part car ces derniers, qui ne peuvent agir seuls, s’en remettent à eux. Paradoxalement, l’Occident apparait ainsi à la fois comme l’un des principaux responsables de la perte de l’identité indigène, mais également comme un des acteurs devant s’impliquer dans la sauvegarde de celle-ci. Aujourd’hui, deux mouvements antagonistes se développent concurremment. D’une part, le développement des projets économiques autour de l’Arctique qui représente un enjeu géopolitique au niveau mondial – en 2017, la Chine évoquait le projet d’une « route de la soie polaire ». D’autre part, l’émergence de mouvements de reconnaissance des peuples indigènes et de la notion de justice environnementale, qui a pour objectif de rendre la parole aux minorités et faire valoir une équité spatiale et environnementale à tous [1]. Le développement de cette dernière proposition porte l’espoir, dans un avenir incertain, du possible maintien de l’identité des peuples indigènes grâce à une implication potentiellement grandissante de l’Occident dans cette problématique.
[1] Ferdinand Malcolm, 2019, Une écologie décoloniale, SEUIL.

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