Mais qu’en est-il pour les êtres humains qui, vivant une société patriarcale où l’organisation sociale est fondée sur la détention de l’autorité par les hommes, sont déjà considérés comme appartenant à une catégorie inférieure ? On peut s’interroger sur la métamorphose des femmes et sa signification. A-t-elle la même valeur que celle des hommes ? Le motif de la métamorphose n’est en lui-même que le véhicule de l’image de la femme ; son usage témoigne de la manière dont les auteurs·trices se représentent son intériorité, ce qu’ils veulent faire d’elle aussi ; elle rend physique et visible cette intériorité fantasmée. On a souvent arrêté notre attention sur la monstruosité et le dégoût émanant des figures métamorphosées, à l’instar de Scylla transformée par Circé dans l’extrait ci-dessus. Et si la métamorphose n’était pas qu’une malédiction punitive privant la femme de son humanité ? Et si, en l’en délivrant, elle « l’empouvoirait », la rendait apte à se réaliser pleinement ? Se pose la question de l’ambivalence de la métamorphose telle que conçue par les auteurs·trices qui la façonnent. Peut-on réhabiliter les récits de métamorphose féminine en bête en leur apportant une lecture féministe quand le prisme patriarcal les a implantés dans l'imaginaire collectif comme des déchéances ?
Nous concentrerons notre étude sur les récits occidentaux de métamorphose. La métamorphose de la femme en animal ou en créature peut tout d’abord se traduire par une volonté d’objectifier la femme, la figeant dans sa condition afin d’empêcher qu’elle ne s’élève au niveau des hommes, voire qu’elle ne les dépasse. Par ailleurs, la métamorphose de la femme en animal ou de l’animal en femme est parfois utilisée comme métaphore de la puberté, du passage à l’âge adulte, de la transformation de la fille à la femme. Enfin, à la manière de la pharmakon (2) grecque, si la métamorphose peut être le poison dans l’accomplissement de la femme, elle peut aussi en être le remède, rendant possible son émancipation et son empouvoirement.
(2) Étymologiquement, terme grec qui renvoie à la fois au philtre, au charme magique et à la drogue.


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